Entre la politique sécuritaire communautaire exigée par les pays du Sahel et la politique économique renforcée par l’ouverture des frontières terrestres et portuaires, que choisir ? Voilà le dilemme auquel le président WADAGNI Romuald est confronté depuis sa prise de fonction après sa victoire à l’élection présidentielle d’Avril 2026. Et dès sa prise de fonction, il a pris son bâton de pèlerin pour rétablir les relations diplomatiques conflictuelles existant entre le Bénin et les trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Faut-il le rappeler, les chefs d’Etat des pays du Sahel accusaient l’ancien président béninois Patrice Talon d’héberger des terroristes et leurs parrains en vue de déstabiliser leurs pays.

(Romuald WADAGNI, Président du Benin)
Cette méfiance s’est traduite par une tentative de coup d’Etat contre Patrice Talon sauvé de justesse par l’appui militaire du Nigéria et des renseignements de l’armée française. Ce climat délétère très tendu ne permettait pas des relations du bon voisinage entre les peuples du Bénin et des pays du Sahel. Il est vrai que dans ce climat de suspicion, ce sont les peuples qui en pâtissent avec la fermeture des frontières entre notamment le Niger et le Bénin. Le commerce transfrontalier entre ces deux pays s’est interrompu portant un coup fatal à l’économie des deux pays, car plusieurs opérateurs nigériens ont quitté le port béninois pour se rabattre sur celui du Togo et du Ghana. Or, la distance entre le port du Niger et ceux des autres pays fait que le coût de revient des marchandises devient insupportable pour les opérateurs nigériens, de même, le départ de ces opérateurs nigériens du Bénin est un manque à gagner pour le Bénin. Bref, pour dire que, la relation conflictuelle entre les deux Etats n’arrangent ni l’un ni l’autre. Tous sont perdants dans cet état de choses.
Raison de plus, l’initiative du nouveau président béninois, WADAGNI est appréciée dans les Etats du Sahel voire dans son pays, car la réouverture des frontières permettraient aux populations des deux pays de renouer leur commerce transfrontalier, très vital pour l’économie des deux pays et le renforcement de la relation fraternelle entre les deux peuples. La présence des délégations des pays du Sahel à l’investiture du nouveau président béninois et la reprise de dialogue entre les deux Etats pour une reprise totale des relations diplomatiques entre ces deux Etats démontrent à suffisance que les peuples africains ont soif d’une paix durable qui doit être traduite par la sécurité de toute la région garantie par la stabilité politique.
Cependant, la confiance devient un catalyseur de la normalisation de cette relation entre le Bénin et les Etats du Sahel qui continuent de dénoncer la présence des troupes étrangères considérées comme un appui logistique et militaire aux terroristes qui traversent les frontières et tuent des paisibles citoyens au nom du djihadisme. Or, dans l’état actuel des choses, il est très tôt de penser que le Bénin va transiger sur ses partenaires militaires étrangers dont la présence est toujours sujette à caution à cause de leur jeu flou dans la lutte contre le terrorisme dans la sous-région. Les Etats du Sahel continuent de voir l’armée française, présente dans le nord du Bénin, comme le parrain des terroristes. Dans cette situation, Wadagni, devant ce dilemme, peut-il accepter la condition selon laquelle, le Bénin doit exiger le départ de cette troupe française du Bénin comme cela l’a été dans les pays du Sahel ? Le nouveau président béninois a-t-il les couilles nécessaires pour opter pour cette rupture totale avec ces forces étrangères ? Seuls les actes et propos de WADAGNI nous le prouveront les jours à venir. Toujours est-il que si la réouverture des deux frontières est acquise, la question de la confiance mutuelle entre les dirigeants des Etas de l’AES et le Bénin reste, pour l’heure, semble être fragile sur le plan de la coopération sécuritaire.
Mais, pour combattre ces hommes sans foi ni loi, tous ces Etats doivent s’unir dans détruire ces poches de terrorisme qui subsiste de part et d’autre des frontières. Et il est de l’urgence pour tous les dirigeants d’œuvrer pour la sécurité de la sous-région. Si les routes ne sont pas sûres, comment les marchandises peuvent-elles transiter par les ports côtiers pour arriver dans les pays enclavés que sont les pays de l’AES si l’on sait que la garantie de la sécurité des hommes et des biens s’avère indispensable pour la relance de l’économie de la sous-région? La paix de la sous-région est à ce prix.
En guise de conclusion, la politique rapprochement du nouveau président WADAGNI est louable et souhaitable. Les pays africains doivent apprendre à vivre dans l’harmonie et à éviter de tomber dans les mailles de l’oiseleur qui cherche à les diviser pour mieux les exploiter. Quant à la nouvelle dynamique qui permet au Bénin et au Niger de coller les brèches, car, à une période récente, la relation diplomatique entre les deux Etats a pris un coup dans les approches de lutte contre le terrorisme, on ne peut que souhaiter une reprise de coopération durable pour le bien être des peuples. Mais attention ! L’oiseleur n’est pas désarmé, il possède encore son piège. Dans ce cas, le combat contre le terrorisme réussira si tous les Etats africains se font confiance en unissant leurs forces militaires, de renseignement et logistiques. Comme le dit l’adage populaire, c’est l’union qui fait la force.
Anges ADJANOR





