La 7ᵉ édition du « Mois du Consommer local » a été officiellement lancée en grande pompe ce mardi 6 octobre 2026 dans la capitale togolaise.
Placée sous le thème « Consommation locale, facteur d’intégration régionale et de souveraineté économique : défis et opportunités », l’édition 2026 entend dépasser la simple promotion des produits togolais pour faire de la consommation locale un levier de transformation de l’économie, de création de valeur et de conquête des marchés régionaux et internationaux.

Vue partielle des officiels
Le Togo veut manifestement changer de dimension dans sa politique de promotion du « made in Togo ».
Pour la septième année consécutive, le pays célèbre, du 1er au 31 octobre 2026, le « Mois du Consommer local », une initiative inscrite dans le cadre communautaire de l’UEMOA depuis 2019.
La cérémonie officielle de lancement s’est tenue à l’Hôtel 2 Février, en présence de membres du gouvernement, du Représentant Résident de l’UEMOA au Togo, du secteur privé, des organisations internationales et des acteurs de la chaîne de production et de consommation.
Une nouvelle édition avec un nouveau un cap
Dans son allocution, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCI-Togo), Dr José Kwassi Symenouh, a insisté sur la nécessité de considérer le « Consommer local » comme un choix économique stratégique et non comme un simple geste de solidarité.
« Consommer local ne signifie pas consommer par solidarité ou par complaisance », a-t-il martelé.
Le consommateur, selon lui, doit d’abord être convaincu par la qualité, le prix, la disponibilité, la régularité, la présentation, l’innovation et le service.
« Notre responsabilité est donc de faire en sorte que le produit local soit un produit que l’on choisit, et non simplement un produit que l’on encourage», a-t-il souligné.
Produire mieux pour convaincre le consommateur
Cette exigence de compétitivité constitue l’un des principaux messages de cette septième édition.
Pour la CCI-Togo, la promotion du produit local ne peut être durable si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration constante de l’offre.
Qualité, normes, certification, innovation, emballage, traçabilité et régularité sont désormais présentés comme des conditions indispensables à la conquête du marché.
« Nous devons produire mieux, produire davantage et surtout produire pour répondre aux exigences du marché », souligne le président de la CCI-Togo.

Le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, M. Badanam Patoki (photo ci-dessus), a rappelé que les six précédentes éditions ont déjà produit des effets mesurables. Selon son discours, elles ont notamment favorisé « une progression de près de 40% du chiffre d’affaires et le renforcement des acteurs dans les secteurs du cosmétique, de l’habillement et de l’agroalimentaire ».
Ces résultats ne dissipent toutefois pas les difficultés persistantes. Les acteurs de la chaîne de valeur doivent encore répondre aux exigences de traçabilité, de normes, d’emballage et de disponibilité des produits.
Le gouvernement affirme avoir engagé des initiatives pour répondre à ces défis.
Le ministre a notamment rappelé l’existence d’une stratégie nationale destinée à accroître la production, améliorer la compétitivité des biens et services locaux, stimuler la demande intérieure, réduire certaines importations et favoriser l’exportation des produits finis et semi-finis.
De la matière première à la valeur ajoutée
L’autre bataille se joue sur le terrain de la transformation locale.
Pour la CCI-Togo, l’enjeu est de rompre avec une économie qui exporterait essentiellement des matières premières pour ensuite importer des produits transformés.
« Lorsque nous exportons essentiellement des matières premières et importons ensuite des produits transformés, une grande partie de la valeur créée nous échappe », relève son président.
D’où la nécessité, selon lui, « d’accélérer la transformation de nos ressources et de développer des chaînes de valeur capables de créer davantage de revenus, d’emplois et de compétences au Togo et dans notre espace régional ».
La logique défendue est donc celle d’un cercle économique plus intégré : produire localement, transformer localement, créer de la valeur localement, puis conquérir progressivement les marchés extérieurs.
Cette ambition prend une dimension particulière dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les incertitudes commerciales.
« Une économie dépendante de l’extérieur est une économie vulnérable », avertit le président de la CCI-Togo.
Pour autant, la souveraineté économique défendue par les promoteurs du « Consommer local » ne signifie pas fermeture des frontières.
Elle consiste plutôt à renforcer les capacités productives nationales pour mieux s’insérer dans les échanges.
« Le local n’est pas une frontière. Il est une base de départ », résume le président de la CCI-Togo, qui considère le marché togolais comme un point d’appui vers l’espace UEMOA, le marché ouest-africain et, plus largement, le continent africain.

Le gouvernement veut aussi montrer l’exemple
Au-delà des discours, l’État entend agir sur la demande et notamment sur la commande publique.
Le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique a rappelé la circulaire du 7 octobre 2020 invitant les ministères et les sociétés d’État à privilégier, dans leurs approvisionnements, les biens et services d’origine locale ainsi que les mets locaux dans différentes activités officielles.
« Ce faisant, le Gouvernement s’est engagé à orienter la commande publique vers la promotion de la consommation locale », a-t-il expliqué.
Cette politique s’accompagne de plusieurs initiatives : organisation des foires « Made in Togo », installation de rayons consacrés aux produits locaux dans les grandes surfaces, accompagnement des transformateurs lors des expositions à l’étranger, mais également développement de solutions numériques.
Parmi elles, figure « Togo Gnim », plateforme virtuelle de promotion des biens et services togolais. Une autre application, « Nam Asia », doit contribuer à améliorer la communication sur les prix des produits de grande consommation. Particularité mise en avant par le ministre : ces deux outils ont été développés par de jeunes compétences togolaises.
Faire d’octobre un accélérateur, pas une parenthèse
La septième édition prévoit des ateliers de formation, des visites d’entreprises et d’infrastructures, une conférence thématique ainsi que des expositions-vente à Lomé et dans les chefs-lieux des régions économiques.
Les échanges porteront notamment sur les chaînes de valeur, la qualité, l’emballage, les prix, la disponibilité des produits et les conditions d’accès aux marchés.
Mais pour la CCI-Togo, l’enjeu est précisément d’éviter que le « Mois du Consommer local » ne reste limité au mois d’octobre.
« Le mois d’octobre ne doit pas être une parenthèse. Il doit être un accélérateur », insiste son président. La promotion des produits locaux doit, selon lui, s’inscrire dans « une stratégie permanente de développement de notre production, de transformation de nos ressources, d’amélioration de la qualité et de conquête des marchés ».
Cette stratégie implique l’ensemble de l’écosystème économique.
Aux producteurs et transformateurs, la CCI-Togo demande d’investir dans la qualité et l’innovation.
Aux distributeurs et grandes entreprises, elle appelle à ouvrir davantage leurs chaînes d’approvisionnement aux entreprises togolaises capables de satisfaire les exigences du marché.
Les institutions financières sont, elles aussi, invitées à renforcer leur accompagnement des entreprises qui investissent dans la transformation et la modernisation.
Le consommateur, enfin, est placé au cœur de cette équation. Son choix ne doit pas être dicté par le patriotisme économique seul, mais par la compétitivité du produit.
« Le consommateur doit pouvoir dire : “Je choisis ce produit parce qu’il est bon, compétitif et qu’il répond à mes attentes” », résume le président de la CCI-Togo.
Lorgner le marché continental
Derrière la promotion du « made in Togo », c’est donc une ambition plus large qui se dessine : faire de la production nationale un véritable outil d’intégration régionale.
Le ministre a insisté sur la nécessité de renforcer la compétitivité des biens et services togolais afin de leur permettre d’accéder davantage aux marchés continental et international, notamment en profitant des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
La CCI-Togo défend la même orientation : le marché intérieur doit servir de socle à une stratégie d’expansion vers l’UEMOA et le reste du continent.
L’objectif final est résumé en quelques mots : « produire plus, transformer davantage, créer plus de valeur, consommer ce que nous produisons et exporter davantage vers les marchés régionaux et internationaux ».
Le gouvernement veut ainsi faire de la consommation locale l’un des leviers de la transformation structurelle de l’économie.
Le défi sera désormais de convertir les engagements en résultats durables : davantage de produits compétitifs, plus de transformation, des entreprises mieux structurées, des emplois et une présence accrue du « made in Togo » sur les marchés africains.
Car, comme le résume le président de la CCI-Togo, il faut faire en sorte que « le produit local ne soit plus seulement exposé, mais choisi ; qu’il ne soit plus seulement consommé au Togo, mais exporté ».
David RICARDO





