Dans un pays démocratique où l’opposition joue bien son rôle, c’est bien à elle que revient le devoir de faire pression sur le pouvoir pour respect des règles de la démocratie. Ici au Togo, plusieurs accords ont été signés entre le parti au pouvoir et ceux de l’opposition. La seule chose qui a toujours manqué, c’est la mise en application des clauses prévues par les multiples pourparlers. Dans d’autres pays, l’opposition démocratique, d’une voix commune, ferait pression sur la mouvance présidentielle en vue de l’application à la lettre des différents points ayant fait l’objet d’un accord signé. Et c’est le gouvernement pour la plupart du temps qui, pour jouer au chrono, demande l’ouverture d’un nouveau dialogue.

Au Togo, l’opposition démocratique donne l’impression d’être la pire des oppositions au monde de par ses tares. Si elle n’excelle pas dans les querelles internes pour se trahir à l’approche d’un scrutin, soit elle rejoint en partie le camp adverse, ou va en rangs bien dispersés en faveur du pouvoir en place.
Apres les élections législative et communale, seuls les petits amateurs conduits par le grand partisan du boucan politique Jean-Pierre Fabre, ont essayé de s’agiter pour un temps de feu de paille avant de rentrer dans leur coquille à cause de leur vision très peu réaliste et erronée. Les autres se rangent dans leur torpeur, contemplant indifféremment leurs camarades s’enfoncer sur une voie sans issue. Aujourd’hui que l’ANC se trouve bloquée sans surprise, c’est une apathie générale qui s’observe au sein de l’opposition. Presque tous les partis politiques qui ont fait des pieds et des mains pour se présenter aux différents scrutins font piètre figure dans immobilisme inextricable. A la rigueur, c’est à travers des points et conférences de presse que quelques formations politiques font rarement signe de vie. Aucun leader n’envisage se sacrifier pour un front uni de toute l’opposition démocratique. Tous ont préféré rester dans l’inertie au risque de laisser un grand boulevard à RPT-UNIR.
Certainement que le parti au pouvoir, après avoir constaté l’incapacité notoire de l’ANC et de Fabre à tenir longtemps, se sent tout seul sur une piste de compétition. En démocratie, quoi qu’on dise, le pouvoir a besoin d’une opposition crédible pour mener le jeu. C’est aussi le sens de la gloire, de la dignité et de la crédibilité d’un régime démocratique. Mais l’opposition togolaise après s’être détruite par ses propres turpitudes se plaît à verser dans une résignation coupable.
Il a fallu que le Président Faure Gnassingbé lui-même revienne dans son discours devant les deux chambres, histoire de présenter l’état de la nation, pour inviter toute l’opposition au dialogue. Et voilà l’os jeté à nos leaders qui les sort de leur torpeur. Même ceux qui n’ont jamais œuvré pour la tenue de ce dialogue revendiquent le dialogue. Au lieu de saisir cette occasion afin d’unir les énergies dans le but de créer un rapport de forces pour mettre la pression sur le parti au pouvoir pour que ce dernier respecte les principes démocratiques, il est étonnant et révoltant de constater que ces partis d’opposition s’attardent sur leurs sempiternelles querelles intestines qui les éloignent des vraies revendications.
Par-là, l’on observe trois courants au sein de l’opposition, qui occupent le landernau politique togolais, après le parti au pouvoir. En effet, Jean-Pierre Fabre et ses partisans de l’ANC, d’un côté, continuent de lutter pour un leadership au lieu d’une alternance politique, une vision très loin des aspirations du peuple opprimé ; des partis plaisantins de l’autre, se réclamant d’une « opposition constructive », mais, s’inscrivent dans la logique d’un rapprochement carrément du pouvoir afin de l’accompagner dans ses délires pour des privilèges ou strapontins ; et au milieu se retrouvent des partis d’opposition dits responsables, unis dans un front qui, par des conférences de presse, refusant l’inertie, font des pieds et des mains pour tenter de mettre la pression sur le pouvoir pour que ce dernier ouvre un vrai dialogue qui va aboutir à la sortie de Faure Gnassingbé du jeu politique.
A quand les leaders de l’opposition togolaise transcenderont-ils leur égo et divergences pour mettre leur service au profit du peuple affaibli par un pouvoir monarchique ? Sont-ils prêts enfin à se sacrifier pour ce peuple opprimé, en l’aidant à se libérer du joug de cette monarchie des Gnassingbé ?
Anges ADJANOR



