ACTUALITEDIPLOMATIEECONOMIEIN ENGLISH

Coton africain: les défis au menu des 22e Journées de l’ACA tenues à Lomé

Du 5 au 7 mai 2026, la capitale togolaise Lomé a  abrité  les 22ᵉ Journées de l’Association Cotonnière Africaine (ACA). Occasion pour les acteurs de la filière coton de  dresser un bilan sans équivoque devant plusieurs défis: le modèle économique du coton africain est sous tension, pris en étau entre la volatilité des prix internationaux, la concurrence des géants asiatiques et une baisse préoccupante de la production.

En effet, sur les marchés mondiaux, les cours du coton restent marqués par une forte instabilité, liée à la fluctuation de la demande textile, aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement et aux politiques de subvention dans certains grands pays producteurs. Dans ce contexte, les pays africains, majoritairement exportateurs de coton brut, peinent à capter une part significative de la valeur ajoutée.

Devant cette pression exogène s’ajoute une contraction de l’offre. A en croire,  Kassoum Koné,  président de l’ACA, la campagne cotonnière africaine accuse une baisse de 11,5 %, conséquence du recul des superficies emblavées dans beaucoup de  pays. Les raisons de cette situation sont entre autres l’accès difficile aux intrants, la dégradation du contexte sécuritaire dans certaines zones de production et les effets du changement climatique.

Face à ce double choc baisse de production et fragilisation des revenus à l’export les professionnels plaident pour une réorientation stratégique de la filière. « Il est impératif d’aller vers une modernisation du secteur », a insisté Kassoum Koné, appelant à une transformation structurelle fondée sur l’industrialisation locale, la mobilisation de financements et un engagement accru des États.

Au menu  des discussions, une priorité s’impose: sortir du modèle d’exportation de matières premières pour développer une industrie textile et de transformation capable de rivaliser, à terme, avec les chaînes de valeur asiatiques, aujourd’hui dominantes. La concurrence de pays comme la Chine, l’Inde ou le Bangladesh, fortement intégrés et industrialisés, accentue la nécessité pour l’Afrique de renforcer sa compétitivité.

Les travaux de Lomé sont placés sous le thème « Ensemble pour le renforcement de la productivité, gage de la visibilité du coton africain face aux enjeux du marché international », s’articulent ainsi autour de quatre axes majeurs : l’amélioration de la productivité agricole, la production d’un coton premium conforme aux standards internationaux, le renforcement de la traçabilité devenue un critère clé d’accès aux marchés et l’adaptation des cultures aux contraintes climatiques.

Pour sa part,  Martin Drevon, Directeur général de la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT), ces journées constituent « un cadre privilégié pour mutualiser les expériences et dégager des réponses concrètes aux défis du secteur ». Il a également annoncé une production nationale en progression, atteignant 78 000 tonnes à l’issue de la campagne 2025-2026, illustrant les efforts de relance engagés par le Togo.

Au-delà des constats, les acteurs de la filière convergent sur un impératif : accélérer la transformation locale du coton afin de créer davantage de valeur sur le continent et réduire la dépendance aux marchés extérieurs.

Cela implique la modernisation des unités industrielles, le développement de chaînes de valeur intégrées, ainsi qu’un meilleur accès aux financements. Les professionnels appellent également les États à renforcer leur soutien budgétaire et à mettre en place des politiques incitatives en faveur de la consommation locale.

L’accueil de ces assises à Lomé confirme, dans ce contexte, le positionnement stratégique du Togo dans la dynamique cotonnière régionale. Fort de réformes structurelles récentes – encadrement technique des producteurs, réorganisation de la filière, adoption de pratiques agricoles durables – le pays entend s’imposer comme un pôle de référence.

Quant au Représentant  du ministre de l’Agriculture, Monsieur  Tekize Madadozi, il  a réaffirmé l’engagement des autorités togolaises à contribuer activement à la compétitivité et à la durabilité de la filière coton africaine.

Par ailleurs, l’ACA poursuit son élargissement avec l’adhésion de 15 nouveaux pays, signe d’une volonté croissante de coordination continentale face aux défis globaux.

Dans un environnement international de plus en plus concurrentiel, les conclusions de Lomé pourraient marquer un tournant : celui du passage d’une Afrique exportatrice de fibre brute à une Afrique productrice de valeur, capable de s’insérer plus efficacement dans les chaînes mondiales du textile.

 David RICARDO

 

 

📧 echosdumonde123@gmail.com 📞 228 92 41 16 66 / 99 46 17 57